Pratiques occultes des Élus Coëns : l’holocauste de la tête de chevreuil

« Car il est impossible que le sang de taureaux et de boucs ôte les péchés » (Hébreux X, 4)

Dans son dernier ouvrage, portant sur la relation entre Martinès de Pasqually (†1774) et Jean-Baptiste Willermoz[1] (1730-1824), Jean-Marc Vivenza, outre une étude approfondie et attentive du corpus doctrinal de la « doctrine de la réintégration », dont hérita le Régime Écossais Rectifié,  nous renseigne également sur les pratiques occultes, au demeurant fort peu chrétiennes, et par la suite rejetées par la réforme willermozienne,   présidant à la réception des « Réaux-Croix », ultime niveau de transmission du système martinésien, tel qu’il existât jusqu’en 1781[2].

« La théurgie des Élus Coëns », sept. 2021. Extrait. Lien d’accès à la vidéo : Baglis TV


Formes de la cérémonie de réception en Réaux-Croix : l’holocauste de la tête de chevreuil

« (…) Alors que nous ne disposons pas de manuscrit du rituel de Réaux-Croix, contrairement aux autres cérémonies des Grades de l’Ordre des Élus Coëns, Martinès rentrait dans le détail de la réception de ce qu’il était nécessaire pour son substitut d’accomplir comme pratiques, gestes et préparation pour le rituel, ceci incluant « l’holocauste de la tête de chevreuil », ou à défaut d’un agneau noir, avec les crémations aux différents angles, de la langue, de la cervelle et des yeux, ainsi que de la tête elle-même, brasiers sur lesquels le récipiendaire devait jeter des grains de gros sel, le Souverain, ou son Substitut pour l’occasion, ouvrant préalablement « la tête de l’animal, en circonférence, à l’aide de son couteau de cérémonie. Il en retire la cervelle et la langue. L’ensemble sera ensuite consumé dans les trois feux, la tête proprement dite dans le réchaud du nord, la langue dans celui de l’ouest et la cervelle dans celui du midi[3] », ce qui correspondait en effet aux indications contenues dans la lettre envoyée par Martinès à Bacon de la Chevalerie :

  • « Vous observerez pour cette cérémonie de faire les mêmes cercles que je fis pour la réception du T.P.M. de Lusignan vous attaquerez l’angle de l’Ouest comme votre chef angle. Il ne vous est point permis d’attaquer à l’Est directement, ce temps étant passé. Vous ferez toutes les mêmes cérémonies, tant en prières qu’en parfum ; vous n’offrirez d’autre holocauste d’expiation que la tête d’un chevreuil mâle, que vous ferez acheter indifféremment au marché, laquelle tête sera avec sa peau velue. Vous la préparerez ainsi que l’on prépare le chevreuil avant de l’égorger. Ensuite vous dresserez trois feux nouveaux. Dans celui qui sera au Nord vous mettrez la tête sans langue ni cervelle mais bien avec les yeux. Dans celui qui sera au Midi vous y mettrez la cervelle. Dans celui qui sera à l’Ouest vous y mettrez la langue. Lorsque le tout brûlera le candidat jettera trois grains de sel assez gros dans chaque feu. Ensuite il passera ses mains par trois fois sur chaque flamme de chaque feu en signe de purification. Il aura le genou droit à terre et l’autre debout et dira ensuite ce mot ineffable que vous trouverez marqué dans l’écrit ci-joint ainsi que leur nombre caractères et hiéroglyphes lesquels seront tracés devant chaque feu tels qu’ils sont marqués. Si on en peut avoir une tête de chevreuil, on prendra la tête d’un agneau couverte de sa peau. Il faut absolument que sa peau soit noire sinon l’holocauste serait action de grâce et non d’expiation. Le candidat fera la cérémonie de la tête d’agneau ou de chevreuil avant tout autre cérémonie.[4] »

Lien auteur :


[1] Jean-Marc Vivenza, Martinès de Pasqually et Jean-Baptiste WillermozVie, doctrine et pratiques théurgiques de l’Ordre des Chevaliers Maçons Élus Coëns de l’Univers , éditions Le Mercure Dauphinois, 2020, pp. 234-236

[2] « L’Ordre des élus-coëns a disparu en 1781 », https://lecimetieredamboise.wordpress.com/2012/10/15/lordre-des-elus-coens-a-disparu-en-1781/

[3] Serge Caillet, Les Sept Sceaux des élus coëns, Le Mercure Dauphinois, 2011, pp. 280-281.

[4] G. Bord, La Franc-Maçonnerie en France des origines à 1815, Paris, Nouvelle Librairie Nationale, 1908, p. 227-228. Jean-Marc Vivenza précise, au sujet de cette référence : « C’est à Gustave Bord (1852-1934), que l’on doit de connaître le long courrier qu’envoya Martinès à Bacon de la chevalerie – courrier souvent cité, mais partiellement, et que nous pensons utile de reproduire en son intégralité eu égard, à l’intérêt qu’il représente pour notre sujet –. » (Jean-Marc Vivenza, op. cit., première partie, III, « Réception de Jean-Baptiste Willermoz en Réaux-Croix les 11, 12 et 13 mai 1768, p. 232)

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